
Aux temps d’avant les mémoires,
le Ciel et la Terre
parlaient par des vents
qui chantaient comme des esprits.
Le Soleil dansait sur la glace,
cœur de feu sur les plaines blanches,
et la Lune suivait,
compagne pâle dans la longue nuit.
Enfants de l’hiver sans fin,
nous étions témoins de l’étreinte lente des ombres,
des étoiles tissant des secrets
dans le silence.
Les loups murmuraient des chants anciens,
leurs yeux reflets des profondeurs glacées,
et l’aurore, rivière de lumière,
tissait des fils entre terre et ciel.
Dans ce lieu de souffle et de silence,
où les pas s’effacent dans l’éternité,
l’âme apprend la langue de la glace,
et chaque battement de cœur résonne du chant du monde caché.
Esprit de neige, esprit du vent,
enseigne‑nous le mystère des chemins inexplorés,
des horizons au‑delà du regard, du voyage sans fin
sous les lumières du Nord.
Adaptation poétique contemporaine du mythe inuit du Soleil et de la Lune.
Auteur inconnu.
En filigrane…
Au-delà de son explication cosmique, la légende de Malina (le Soleil) et d’Anningan (la Lune) — également nommé Igaluk ou Tarqiup Inua selon les régions de l’Arctique circumpolaire — occupe une place centrale dans la cosmogonie des peuples inuit. Dans cette vision du monde animiste, chaque phénomène naturel est habité par un esprit (anirniq, le souffle vital) et possède une dimension à la fois morale et spirituelle. L’équilibre de l’univers y demeure perpétuellement fragile, soumis à l’observance des tabous et à la réciprocité entre les êtres.
Malina, dont la lumière réchauffe et guide, et Anningan, éclairant les longues nuits polaires de son reflet argenté, sont perçus comme des présences sensibles, liées aux émotions humaines, aux cycles de la vie et à l’harmonie des éléments.
L’observation des astres devient ainsi une méditation sur le temps et le lien avec les forces naturelles. Cette narration illustre la conception inuit où l’homme et la nature entretiennent un dialogue constant.


