
« Nous, les Esquimaux ignorants vivant ici, ne croyons pas, comme vous nous l’avez dit que beaucoup d’hommes blancs le font, en un seul grand esprit solitaire qui, depuis un lieu lointain dans le ciel, gouverne l’humanité et toute la vie naturelle.
Pour nous, tout est lié à la terre sur laquelle nous vivons et à notre existence ici-bas. Il serait encore plus incompréhensible, encore plus déraisonnable, qu’après une vie courte ou longue, faite de jours heureux ou de souffrances et de misère, nous cessions ensuite complètement d’exister.
Ce que nous avons appris au sujet de l’âme nous montre que la vie des hommes et des bêtes ne se termine pas avec la mort. Lorsqu’à la fin de la vie nous exhalons notre dernier souffle, ce n’est pas la fin. Nous nous éveillons de nouveau à la conscience, nous revenons à la vie, et tout cela s’effectue par le biais de l’âme. C’est pourquoi nous considérons l’âme comme ce qu’il y a de plus grand et de plus incompréhensible. »
Rasmussen, K. (1929). Intellectual Culture of the Iglulik Eskimos. Report of the Fifth Thule Expedition
1921-24, Vol. VII, No. 1. Copenhagen: Gyldendalske Boghandel, p. 60-61.
En filigrane…
La parole d’Aua éclaire le chemin de l’âme entre la vie et la mort. Dans la philosophie inuit, l’âme — le tarniq — n’est pas une abstraction : elle circule, se transforme et assure la continuité au-delà du monde visible. Pour les peuples polaires, la terre n’est pas un simple décor, mais une entité vivante, porteuse de sens et de mémoire. Pierres, vents et créatures révèlent les liens qui unissent tous les êtres au souffle universel. Dans cette vision, le chaman esquisse une cosmologie où naissance, mort et renouveau s’inscrivent dans un cycle continu, invitant à l’humilité et au respect de la nature.

