
En filigrane…
Avec ce petit format, Jiménez Rojas opère un choix esthétique et philosophique radical. Il détourne son regard de la nature sauvage et écrasante des grands récits tropicaux pour se focaliser sur une réalité vécue. À l’inverse des explorateurs ou des peintres conformistes qui cherchent à capturer l’exotisme exubérant de la jungle ou le sublime des volcans, l’artiste choisit un morceau de littoral familier. Son regard est celui d’un témoin intime, pour qui la nature costaricienne n’est pas un spectacle mais un espace de vie immédiat.
En peignant en plein air, au plus près du motif, il impose une éthique de la proximité — la nature vaut d’être peinte non pas parce qu’elle est extraordinaire, mais parce qu’elle est le théâtre du quotidien. Un réalisme organique, défini par l’accord parfait entre l’individu et son territoire, par lequel il émancipe l’art de son pays des influences académiques extérieures.
Armé de ses toiles et de ses pigments, il arpente les chemins de terre du Valle Central, les esteros de Puntarenas, les villages endormis sous la chaleur blanche du Pacifique. Surnommé le « plénariste », ce peintre formé à l’école du dehors comprend, avant tous les autres, que l’âme d’un peuple se trouve précisément dans la quiétude des jours ordinaires. C’est un Costa Rica vu de l’intérieur, par quelqu’un qui aime profondément ce qu’il regarde.
En puisant ses sujets au cœur de sa propre existence sociale et géographique, Jiménez Rojas va, sans le savoir, poser les fondations d’une identité picturale nationale.


