James Cook
MASTER OF THE OCEANS

James Cook a exploré maints horizons et vécu d’innombrables vies. La sagacité de son esprit et la force de son engagement lui ont permis de repousser les limites du monde connu. À la suite de ses pérégrinations océanes, le grand navigateur laisse à l’Angleterre des cartes marines d’une précision jusqu’alors inégalée, des terres d’une incomparable richesse et des récits d’une beauté émouvante. Mais pour l’humanité, il est le marin qui aura lancé au fond des mers les semences de la découverte.

Sans lune ni vent

Le silence est absolu. Sans lune ni vent, le trois-mâts erre depuis des jours sur l’océan. Seuls les bruits du ressac et le clapotis de la houle traversent l’épais brouillard qui s’insinue dans les gréements. Epars, vergues et haubans sont aussitôt engloutis par les nues orageuses. À la pointe du mât, l’homme de vigie disparaît soudain dans les écharpes de brume. Le navire livre une ultime bataille contre le hasard.

Le vent hurle désormais dans les mâtures et les lames assassines déferlent sur le pont. Des hordes de vagues assaillent le bateau de tous côtés risquant de le faire chavirer. Pris dans la tourmente, le voilier est entraîné à la lisière du chaos. Et déjà, la silhouette des tempêtes se dresse triomphante devant l’étrave inclinée. En mer, le mauvais sort exhale la trahison. Sous des torrents de pluie, le Resolution s’évapore dans le crépuscule. Alors, les mains accrochées au gouvernail et les yeux noyés d’amertume, le capitaine Cook donne l’ordre de hisser les voiles du retour. Que de milles parcourus pour effleurer son rêve et que de larmes océanes pour perdre sa chimère! L’Antarctique se dérobe!

© Thierry Suzan · L’ailleurs · Tous droits réservés

L’instinct des cartes

En ces temps de conquêtes, la carte du monde reste inachevée. Si les terres les plus éloignées s’étendent bien au-delà des mers glaciales, la Terra Australis est encore imaginaire. À la fin du XVIIIe siècle, les explorateurs sont absorbés par une ambition : découvrir le dernier continent. Dans le jeu des nations, la géographie est une arme de domination concédée aux grandes puissances maritimes. L’Angleterre, quant à elle, en s’assurant la maîtrise des océans, repousse les bornes de son empire et affirme la plénitude de sa suprématie. Sur les mers, grandeur et déclin caressent les mêmes destinées.

Le navire livre une ultime bataille contre le hasard.

Thierry Suzan

Au regard de l’Amirauté britannique, James Cook est l’homme de toutes les prouesses, le marin de tous les possibles. Cartographe de talent et navigateur audacieux, l’ancien garçon de ferme du Yorkshire prend dès lors le commandement d’une suite d’expéditions. Le royaume encourage les découvertes. Au fil de ses trois voyages à travers tous les océans, le capitaine Cook observe les comètes, reconnaît de nouvelles terres, trace des cartes. Il affine ses connaissances en sciences humaines, botanique, histoire naturelle, astronomie. Il rédige des descriptions détaillées du vivant, effectue des relevés sur la physique du globe et recueille des échantillons de plantes rares. De plus, Cook est poussé par le désir d’appréhender la culture des peuples indigènes et de comprendre leurs coutumes.

Durant des mois, le capitaine de vaisseau et ses hommes affrontent les hautes latitudes, les avaries, le froid, les tempêtes, et la mort. Le souffle de l’aventure emporte le Captain au-delà du cercle polaire, plus loin qu’aucun homme n’est jamais allé avant lui. Cependant, il ne lui sera pas donné d’apercevoir les angles tranchants des sommets antarctiques, alors qu’il accomplit la première circumnavigation de la terre australe. L’art du marin est à son zénith lorsqu’il entre dans l’Histoire.

© Photo d’ouverture · Thierry Suzan · Passage de Drake · Tous droits réservés

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